Le slow travel est une réponse réelle, mais suffit-il ?

Voyager moins souvent, moins vite, plus longtemps coche toutes les cases du voyage éthique. Mais la durée crée la possibilité d'un voyage cohérent, elle ne la garantit pas.

7 min de lecturePar Antton
Le slow travel est une réponse réelle, mais suffit-il ?

Voyager moins souvent, moins vite, plus longtemps. Sur le papier, le slow travel coche toutes les cases du voyage éthique. Mais est-ce vraiment suffisant ?

Mon premier vrai voyage, c'était le Sri Lanka, en 2018. J'en suis revenu avec plus de questions qu'au départ : sur l'impact de mes déplacements, sur ce que ma présence apportait vraiment aux gens et aux économies que je traversais. Le slow travel fait partie des réponses que j'ai trouvées depuis. Une vraie réponse. Mais je veux regarder ici jusqu'où elle va, où elle s'arrête, et pourquoi, au bout du compte, elle ne décide rien à ta place.

1 - Ce que deux semaines rendent impossible

Partir plus longtemps que des vacances classiques ouvre une possibilité toute simple : changer ses moyens de déplacement.

Le transport pèse environ 69 % de l'empreinte carbone du tourisme en France, selon l'ADEME. C'est là que tout se joue. Et c'est justement la durée du voyage qui rend un autre mode de transport possible.

Relier Paris à Pékin par voie terrestre divise l'empreinte du trajet par deux à trois, selon l'ADEME. Mais c'est une semaine complète de route, impossible à caser dans un court séjour. Tout le paradoxe est là : l'option la plus sobre est aussi la plus lente, donc réservée à ceux qui ont du temps devant eux.

Ce que dit le carboneChiffre
Part du transport dans l'empreinte du tourisme en France~69 %
Paris–Pékin par voie terrestre vs avion÷2 à ÷3 (ADEME)
Durée du trajet terrestre Paris–Pékin~1 semaine

J'ai pu le faire plusieurs fois. Deux mois en interrail à travers douze pays d'Europe. La Grèce rejointe depuis la France en train puis en ferry, en rallongeant le séjour de quatre jours. Tout un voyage en Asie, enfin, où l'on a passé les frontières par voie terrestre, en priorisant les bus. Rien de tout ça n'aurait tenu dans deux semaines. Et au-delà du carbone, c'est la plus belle façon de faire du trajet une partie de l'aventure, au lieu d'un sas à franchir entre deux destinations.

La durée change aussi le rapport au lieu, et aux gens qui l'habitent. Rester une semaine dans le même village, c'est ce qui rend possible une conversation qui dure, un marché qu'on revisite, une petite routine qui n'appartient qu'à toi. C'est aussi ce qui laisse le temps de manger là où mangent les gens du coin, de dormir chez l'habitant plutôt qu'en chaîne, de faire atterrir son argent un peu plus près de ceux qui vivent là. Avec une ou deux nuits sur place, on file presque toujours vers l'activité la plus courue, et vers les circuits où le moins reste sur place.

Les étals d'un marché de nuit, brochettes et lanternes : le marché qu'on revisite soir après soir

Il y a une dernière chose que seule la durée autorise : explorer les zones de transit. Glisser un pays entre deux destinations qu'on visait, pour rendre le trajet plus naturel. Sur notre voyage de huit mois, on avait surtout la Thaïlande et le Vietnam en tête. En ajoutant un mois au Laos et un mois au Cambodge entre les deux, on a vécu nos expériences les plus marquantes, celles qu'on n'avait pas anticipées. Trouver la bonne place à chaque pays, c'est tout l'objet de notre méthode pour choisir l'ordre et le sens d'un tour du monde.

Tu ajoutes un pays de transit, l'outil suit

Tu glisses un pays entre deux étapes ou tu rallonges un séjour : la saison de chaque étape et les durées de visa se recalculent, et BonVoyageur te propose un meilleur ordre s'il en trouve un.

2 - Il n'y a pas une seule façon de partir

Rallonger un voyage, c'est rarement sans effort ni compromis. Mais l'image du salarié qui plaque tout pour un tour du monde n'est qu'un chemin parmi d'autres. Le prendre pour modèle unique décourage beaucoup de gens qui pourraient, eux aussi, partir longtemps.

Nous, on a choisi cette voie-là : deux CDI quittés, la location rendue, le chat confié pour l'année. Mais autour de nous, les grands voyages ont pris des formes très différentes. Une année sabbatique négociée, le logement sous-loué, pour partir l'esprit tranquille et revenir en douceur. Un poste en télétravail qu'on emmène avec soi, en calant ses journées sur le décalage horaire. Une année de césure entre deux diplômes. Un départ à la retraite transformé en six mois de route lente. Le point commun n'est pas de tout brûler : c'est de se donner du temps.

Un train de campagne à quai dans une petite gare : partir, c'est d'abord se donner du temps

Reste le coût, et il faut être honnête : un voyage long se prépare financièrement comme des vacances classiques, en plus conséquent. Pour beaucoup, c'est un arbitrage (moins de départs réguliers, mais des séjours plus longs pour en assumer le prix), pas une évidence accessible à tout le monde. Le nier serait malhonnête. Mais réduire le grand voyage au seul « quitter son CDI », c'est fermer une porte qui, pour d'autres profils, est plus ouverte qu'il n'y paraît.

Et pour ceux que le fameux trou dans le CV inquiète : de notre côté, les recruteurs ont surtout été curieux du voyage. Le réflexe qui marche, ce n'est pas de le cacher, c'est d'en parler avec sincérité.

3 - Trois leviers que la durée seule n'active pas

C'est le point que je voulais vraiment poser. Le slow travel ouvre des portes. Il ne les franchit pas à notre place. On peut très bien voyager longtemps et reproduire exactement ce qu'on prétendait éviter.

Voyager longtemps, mais en avion à chaque étape. Le triangle des îles aux Philippines, beaucoup le font en trois vols, alors que des ferries assurent ces liaisons chaque semaine. Le temps gagné sur la durée totale, on le reperd entièrement sur la façon de se déplacer à l'intérieur.

Voyager longtemps, mais accumuler au lieu d'approfondir. Rester douze mois en cochant des destinations comme une liste de courses, c'est augmenter l'impact du transport tout en restant là où il y a le plus de monde et le moins de redistribution locale. La lenteur perd son sens si elle sert juste à voir plus, plus vite. Pour choisir un rythme qui tienne, on a posé nos repères sur le nombre de pays d'un tour du monde de 6 mois ou d'un an.

Voyager longtemps, mais en vase clos. Passer des mois sur la route en logeant en resorts, est-ce voyager dans un pays, ou à côté ? Quand l'argent dépensé repart presque entièrement vers des multinationales, il ne reste presque rien pour les gens qui vivent là, et presque aucune occasion de les rencontrer vraiment.

Un homestay familial en bois, avec son petit restaurant : ici, ce qu'on dépense reste dans le village

Je ne pose pas ces trois cas pour distribuer des bons et des mauvais points. Je les pose parce que je m'y suis reconnu, par moments. La cohérence d'un voyage ne se mesure pas à sa durée, mais à l'addition de ses choix : le transport, le rythme, l'endroit où l'argent atterrit, les gens qu'on prend le temps de rencontrer.

Le slow travel n'est donc pas une réponse en soi. C'est un cadre qui rend les bons choix possibles, et qui les laisse entièrement entre tes mains. Personne ne peut te dire quel village mérite ta semaine, ni quelle frontière passer en bus, et c'est très bien ainsi. Un cadre t'épargne les faux pas de logistique. Il ne fera jamais les choix qui donnent son sens au voyage.

C'est sûrement la seule conclusion honnête : l'outil ne fait pas le voyageur.

Et toi, sur ton dernier long voyage, lequel de ces trois leviers t'a paru le plus dur à activer ?


Envie de construire un itinéraire cohérent ? Commence ton voyage, sans créer de compte.

Partager
XLinkedInFacebook

Questions fréquentes

Le transport pèse environ 69 % de l'empreinte carbone du tourisme en France (ADEME). En partant plus longtemps, on peut remplacer l'avion par la voie terrestre : sur un Paris–Pékin, l'ADEME estime une empreinte divisée par deux à trois. C'est la durée qui rend ce choix possible.

À titre d'exemple, relier Paris à Pékin par voie terrestre demande environ une semaine complète de trajet, impossible à caser dans un court séjour, d'où l'intérêt d'un voyage long.

Un voyage long se prépare financièrement comme des vacances classiques, en plus conséquent. C'est souvent un arbitrage : moins de départs réguliers, mais des séjours plus longs pour en assumer le prix.
Antton
Antton

Fondateur de BonVoyageur. J'écris ici mes retours d'expérience et les outils qui m'aident à voyager plus longtemps, plus lentement et de façon plus cohérente. En savoir plus